Le kādo - Luce Amyot
Luce Amyot

Mes seules limites, c’est moi qui les fixe. Le changement terrifie tout le monde, mais pas moi, il me stimule. Enfant dyslexique, ma mère a rejeté ce diagnostic et m’a appris à foncer et à m’épanouir pleinement. Pour moi, la vie est faite de challenge et de plaisirs, et de partage. Ce blog est un nouveau défi que je suis prête à relever !

Le kādo

Le kādo - Luce Amyot

Je me suis mise tardivement, à presque soixante ans, à l’ikebana. J’avais pris des cours avec un excellent professeur qui avait effectué de nombreux stages au Japon. Il était assez reconnu, car il était un des premiers occidentaux à apprendre, puis à transmettre, cet art. Le but recherché dans cette discipline, était d’équilibrer les forces, les énergies, pour obtenir un bouquet en harmonie avec le ciel, la terre et l’humanité grâce aux trois piliers : profondeur, asymétrie et espace. L’autre nom de cette discipline est le kādo, dont la traduction est à peu près « l’art de faire vivre les fleurs », mais d’autres parlent d’«amener les fleurs à la vie ». La nuance mérite d’être relevée. C’est aussi tout une philosophie. De nombreux changements s’opérèrent dans cet art au fur et à mesure des siècles qui passaient ; le rikka, le seika, le moribana, le shin-seika se succédèrent du douzième au vingtième siècle. Ce qui ne changea pas, par contre, ce fut son apprentissage obligatoire par plusieurs générations de femmes japonaises, au même titre que la cérémonie du thé ou la calligraphie. La maîtrise du savoir-faire des arrangements floraux me rendait heureuse. Je me sentais apaisée dès que je me mettais à concevoir un bouquet. J’étais sur un petit nuage, le temps lui-même ne passait plus de la même façon.

J’aimais aussi mettre un encens tibétain lorsque je devais me concentrer sur mes compositions. Ces longues tiges parfumées étaient d’un rouge sombre. Juste de sentir l’odeur qui s’échappait du paquet me mettait dans un état d’éveil que je ne saurais décrire. J’ouvrais alors mes portes et fenêtres et je commençais à créer. Ce petit rituel m’avait été suggéré par mon professeur qui avait toujours de bonnes idées pour permettre à ses élèves de se concentrer. Pour trouver une matière intéressante pour mes bouquets, j’avais fait pousser dans de grands bacs des bambous. Je connaissais bien ce végétal pour avoir observé dans le jardin de mes parents sa croissance exponentielle et impossible à contenir. Des iris mauves, blancs, jaunes, avaient eux aussi leur utilité pour équilibrer une composition grâce à leurs tiges droites. Des branches de cognassier japonais, de spirée, de saules, avaient ma préférence pour certaines de mes créations. La correction de mes bouquets était toujours faite par mon professeur avec humilité et de nombreux encouragements à continuer dans cette voie. Ce moment était aussi important pour moi que le passage de mes examens de fin d’année, lorsque j’étais étudiante.